|

License de type by-nc-nd
Sauf mention contraire,
le contenu de ce blog est sous contrat
Creative Commons.
http://20six.fr/doctors-and-dealers
Hébergé par 20six.fr
|
|
julian eut une moue accompagnée d'un petit rire moqueur, bien sûr qu'il avait besoin de des tas de trucs. "j'aurais besoin qu'on me trouve un plan pour me sortir de là, j'aurais besoin qu'on me dise que je vais pas être comme ça toute ma vie, j'aurais besoin que quelqu'un remonte le temps et fasse en sorte que je dise non à liam, quittes à crever de faim..." il secoua la tête dans le vide et répondit, au lieu de tout ce qu'il venait de penser, "euh j'en sais rien... il secoua la tête de nouveau, non non il n'y avait que lui pour faire le sale boulot dans ce cas précis et demander de l'aide ne changerais rien. non ça va, je vais m'en sortir... je crois. les derniers mots étaient lourds de sens et chris haussa les sourcils, l'air peu convaincu, et se leva. "-bon dans ce cas... il réajusta sa veste qui n'avait pas bougé d'un poil sur lui, je vais y aller... il se dirigea vers la porte et julian écrasa définitivement sa cigarette presque terminée dans le fond de la tasse sale pour l'accompagner vers la porte. -quittes à ce que t'ai l'impression que je me prends pour ta mère... vends le reste de ton stock au plus vite. ça vaut la peine que je te le redise, c'est vraiment important. rajouta chris en posant la main sur la poignée. julian acquiesça de la tête. - oui promis, je tenterai de faire vite. il se força à sourire, pour se convaincre lui-même en même temps que son interlocuteur, que c'était possible et qu'il n'était pas à deux doigts de se suicider par découragement. - bien. la porte s'ouvrit et se referma rapidement et le visiteur du matin disparut, laissant julian seul avec lui même.
il soupira bruyamment en passant une main dans ses cheveux, c'était vraiment de la merde tout ça. le seul fait de parler de ce qui c'était passé la veille l'avait remis dans un drôle d'état, il y avait une nervosité qui grandissait en dedans de lui et lui donnait l'impression que tout son être était entrain de trembler de l'intérieur. il inspira fortement pour essayer de se ressaisir et pris la première décision rationnelle de la journée, il fallait bien qu'il bouffe. "ouais, c'est pas parce que je vends de la came que je suis obligé d'avoir l'air d'un junkie aussi..." c'était sensé être drôle mais ça sonnait bizarre dans son crâne, c'était mal placé. il se traita mentalement de con en ouvrant le frigo qui était encore presque vide; il était pas fauché au point d'avoir vraiment rien à bouffer mais il ne se faisait pas toujours un point d'honneur à le remplir, il était pas doué pour se rappeler de faire les courses de toute façon et ça faisait toujours rager debbie. il trouva quand même un pain et décida que c'était assez pour se faire un fond dans l'estomac, plus que ça ce ne serait pas une bonne idée de toute façon. avec un café, ça suffirait amplement. il avait beau le savoir, tout à coup la vue de son frigo vide, additionnée à son mal de crâne, le goût de clope dans sa bouche et son allure pas très propre de mec qui avait fais une petite nuit tout habillé sur son canapé, il se trouvait foutrement misérable. il jeta la tête en arrière et se frotta les yeux à deux mains, essayant de se réveiller définitivement, marmonnant un bon sang, j'te jure... très douloureux qui se heurta au silence de la petite pièce, puis s'accouda sur le comptoir en attrapant le récipient de sa cafetière dans lequel il restait du café froid de la veille. il s'en versa une tasse machinalement et l'envoya dans le micro-onde dont il ferma un peu trop brusquement la porte avant de le mettre en marche. au passage, il jeta un coup d'oeil par la fenêtre au dessus de l'évier qui restait masquée par un rideau un peu crade à la couleur douteuse, tiens, pour bien faire il faisait gris et moche dehors, youhouuu mais c'était la joie aujourd'hui. julian soupira une nouvelle fois en se tranchant quelques bouts du pain qu'il avait choisi pour son déjeuner, se disant qu'il faudrait bien qu'il arrête de se faire des remarques débiles et ironiques qui ne l'aidait pas vraiment à positiver. absorbé par ses pensées, il entendit à peine la porte s'ouvrir et se refermer, et il sursauta un peu au son des pas qui s'avançaient vers lui. " dis donc, ça a l'air d'aller fort aujourd'hui..." debbie le dévisageait, l'oeil un peu moqueur mais pas tout à fait arrogant. julian remarqua sa déception mais l'ignora volontairement, pendant une fraction de seconde il avait pensé que ça aurait pu être lauren, il avait envie de la voir. il se força à faire un demi-sourire qui restait un peu douloureux, "ouais, c'est le bonheur, t'as pas idée... qu'est-ce que tu fais là? debbie s'était approchée de lui et s'était posée sur le tabouret où il était lui-même quelques minutes auparavant. son regard loucha en direction de la pile de vaisselle sale dans l'évier mais elle ne dit rien, et julian la remercia mentalement. "je travaille qu'en après-midi aujourd'hui, j'avais pensé passer voir si t'étais là un peu... au cas où t'étais réveillé." julian n'arriva pas à savoir si c'était un reproche ou non dans les derniers mots, et décida de l'ignorer, comme le reste. il ignorait systématiquement tout ce qui concernait l'attitude de debbie depuis quelques jours, et ce n'était pas la nuit qu'ils avaient passé ensemble qui arrivait à y changer quoi que ce soit. il n'arriverait pas à la changer elle, il en était conscient. "je le suis, depuis quelques minutes à peine..." son cerveau crut bon de ponctuer ses paroles par un bâillement. le micro-onde émit son bip bip annonçant que sa tasse était prête, il la sortit et la posa sur le comptoir pour y foutre ses tranches de pain à la place, qui étaient somme toute un peu trop froids à son goût. debbie c'était mise à parler de son boulot et il l'écoutait discrètement d'une oreille, sa tête encore trop occupée à un million d'autres choses qui avaient beaucoup plus d'importance pour le moment. il revint sur terre en remarquant le silence qui venait de tomber, debbie ne parlait plus aussi il arrêta de s'affairer à sa bouffe et jeta un coup d'oeil en sa direction. elle s'était tournée vers la porte et julian suivit son regard. lauren venait de faire deux pas dans la pièce et avait rougit un petit peu. "euhh... je peux repasser plus tard si tu veux..."
|
|
|
44.
Julian observa Chris un moment en tirant sur sa clope, ce type restait là à attendre une quelconque réponse, il venait ici pour seulement s'inquiéter de savoir comment ça se passait ? C'était franchement louche. Mais il avait beau essayer de déceler le moindre indice dans l'éclat des yeux de son invité du matin, il ne reflétait que la sincérité et la gentillesse. Finalement Julian secoua sa clope au dessus d'une tasse sale sur le comptoir, faisant ainsi dégringoler les premières cendres dans le fond de café froid. Il se passa une main dans ses cheveux en vrac. - J'ai eut deux commandes cette nuit. La première était pour une jeune fille, je savais pas comment faire mais ça s'est finalement bien passé... La seconde en revanche... Mon frère à du essuyer un paris manqué. Julian baissa les yeux sur ses mains puis finalement revint sur Chris qui venait d'incliner la tête très légèrement, comme s'il attendait une explication. Julian se tortilla un peu et posa ses deux coudes sur le plateau du meuble. - Comment ça ? Demanda finalement Chris doucement. Julian le regarda sous sa frange emmêlée. - J'avais rendez-vous avec un type au bord d'un parc plus loin. Il a pas été très sympa avec moi, il voulait payer beaucoup moins cher que prévu... J'ai du baisser mon prix pour pas me faire taper, seulement il trouve encore que c'était du vol, et m'a gentiment fait savoir qu'il me le ferait payer. Il fit une pause pour monter sa cigarette aux lèvres puis repris avec un demi sourire, cependant je suppose que Liam s'attendait que je revienne avec un coquard, raté. Chris fronça les sourcils, il prenait un air maintenant soucieux. - C'était pas un grand type, il fit un geste au dessus de sa tête, crâne rasé, du genre imposant ? Il plissa les yeux comme s'il attendait une confidence. Julian se visualisa mentalement son client et hocha la tête doucement puis haussa les épaules. - Oui il était très grand et rasé. Mais j'imagine qu'il est pas le seul de ce genre là... Chris le coupa en levant une main. - Lui il achète pour revendre, ces types là sont les plus dangereux, normalement t'es pas sensé les rencontrer seul. Il se mordit la lèvre et Julian se redressa outré. - Comment ça se fait que j'ai eut son nom sur ma liste alors ?! Son interlocuteur leva un sourcil puis se passa une main sur le visage en soupirant profondément. - Ecoute c'est Liam qui a fait t'as liste, il a sans doute voulu te tester j'en sais rien... T'as eut de la chance qu'il est été tout seul ce soir ton client. Et surtout, ne refait pas d'affaires avec ce gars tant que t'es seul, entendu ? Julian, troublé, acquiesça lentement, ça l'étonnait pas plus que ça au fond. "enfoiré" sortit silencieusement de ses lèvres serrées. - Quand est-ce que je ne serais plus seul ? - Quand ton frère aura décidé qu'il t'as bien testé et que tu peux bien faire ton boulot. Alors il te prendra sans doute comme bras droit, tu restera sous ma tutelle mais tu devras suivre Liam partout et faire ce qu'il te dit, c'est ce que j'ai cru comprendre en ce qui te concerne en tout cas... Il réajusta sa veste machinalement puis regarda l'heure sur sa montre. Julian termina sa clope et la balança dans la tasse vide. - Ecoute Julian, il faut que tu te dépêche de vendre ton stock. Il faudrait que t'es tout liquidé dans les quelques jours qui viennent... T'as d'autres commandes ? - Ouais... une ce soir. J'ai pas téléphoné à tout le monde encore. Une montée de stress lui monta dans la gorge. Je vais essayer d'y arriver... Chris posa à son tour les coudes sur le comptoir. - Il faut que tu y arrives, sinon ton frère va te trouver une place que tu va pas aimer. Je t'assure que t'as tout interet à assurer. Julian leva un sourcil suspicieux puis encore un demi sourire. - Je veux bien te croire, mais venant de lui même la meilleure place pour moi sera la pire. Bref ! Je ferais de mon mieux, puisque j'ai le choix entre le pire et le pire, on va choisir le moins pire. Il se frotta les mains puis les étala devant lui, paumes contre bois. Toute cette histoire me fout vraiment les jetons. - Je sais. Mais maintenant que t'es dedans, même à l'insu de ton plein gré, t'as plus le choix que d'assurer. Un petit silence s'installa, un silence grave et lourd. Finalement Chris le brisa en regardant de nouveau sa montre, - T'as besoin de quelque chose ?
|
|
|
43.
il se leva à toute vitesse, le cœur battant la chamade et fixa la porte d'un oeil vide encore endormi, tiraillé entre l'envie d'ignorer les coups et d'aller se recoucher dans son lit où il arriverait peut-être à trouver un semblant de sommeil pour quelques heures de plus, ou bien d'aller ouvrir. il jeta un coup d'oeil furtif à l'horloge de la cuisine, il était déjà 10heures passées, ce ne serait pas normal qu'il ne réponde pas à la porte... surtout qu'il était devenu quelqu'un de "sérieux", avec un boulot sérieux qui nécessitait qu'il arrête de dormir jusqu'à pas d'heure le matin, comme liam le lui avait si gentiment fait remarquer quelques jours auparavant. il se dirigea donc vers la porte tel un zombie, en espérant que ce soit lauren, ce qui lui semblait somme toute très improbable vu qu'elle n'aurait pas attendu si longtemps après le premier coup pour hurler à travers la porte que c'était elle. en désespoir de cause son cerveau se rabattit sur l'image de debbie; ce serait mieux que n'importe quel imbécile qui aurait pu entrer dans sa vie en même temps que son nouveau boulot. une nouvelle série de coups retentirent, ceux-là plus discret un peu comme si la personne de l'autre côté commençait à prendre conscience que peut-être julian n'était pas sorti du sommeil. ce dernier grogna et se débarrassa de sa veste qui avait pris des plis bizarres sur lui pendant la nuit et la jeta par terre sans plus d'égard en ouvrant la porte d'une main... tombant devant un chris qui s'apprêtait déjà à tourner les talons devant l'absence de réponse. en voyant julian il revint sur ses pas un peu et fit une grimace étrangement gênée.. "euuh... excuse moi je te réveille... il haussa un sourcil devant les yeux encore hagards de julian, les siens bien vifs et brillants, parfaitement réveillés. - ouais, répondit julian sans gêne, c'était pas la peine de prétendre le contraire vu que c'était quand même assez flagrant. mais c'est pas grave, il est déjà assez tard... il monta une main à son visage pour camoufler un bâillement peu élégant, puis poursuivit, excuses moi, qu'est-ce qu'il y a? tu veux rentrer un moment?" c'était pas des paroles qu'il aurait prononcées d'ordinaire, faut croire qu'il était plus sociable le matin... et il y avait une partie de lui qui restait étrangement réveillée et qui lui disait que ça valait peut-être la peine d'entretenir des bonnes relations avec un type comme chris, qui visiblement était disposé à l'aider... et un peu d'aide n'était pas de refus après la nuit qu'il avait passé. "euh ouais d'accord, juste une seconde je voulais te parler un peu de tout ça, voir comment ça allait... julian s'écarta du chemin pour le laisser passer, chris fit quelques pas dans l'appart mal rangé et lança, prends le temps de te réveiller surtout hein..." julian acquiesça de la tête et s'affaira un moment à dégager tout ce qui traînait sur le canapé et autour, foutant au passage les dessins dessous. chris avait beau être graphiste, c'était des choses un peu trop intimes pour une deuxième rencontre. dans sa tête les choses allaient à toute vitesse, il se demandait si liam l'avait envoyé s'assurer que tout allait bien parce qu'il avait trop d'orgueil pour le faire lui-même, ou si ça venait de la bonne volonté réelle de chris... peu importe, il rangea un peu puis attrapa le paquet de clopes qui traînait sur le meuble du salon et en mis une entre ses lèvres, conscient que c'était pas la chose la plus saine à faire en se levant mais c'était la seule chose dont il avait envie. il chercha chris des yeux; il était resté debout et jetait un coup d'oeil à la ronde, son regard s'attarda surtout sur le mur que julian et ses amis avaient peints... quand il réalisa que ce dernier le fixait, il détourna les yeux rapidement pour regarder ailleurs... julian alluma sa clope avec le briquet qui traînait dans la cuisine et se posa sur le tabouret près du petit comptoir, et attendit que chris prenne la parole. "alors... ça se passe comment jusqu'à maintenant?" demanda-t-il en se décidant finalement à s'asseoir.
|
|
|
42.
C'est essoufflé qu'il passa le pas de sa porte. C'est épuisé mentalement que psychologiquement qu'il n'alluma pas la lumière en entrant. La Lune éclairait légèrement pour lui à travers les stores, ses pieds connaissait le lieu par coeur, ils n'avaient pas besoin de lumière pour tourner en rond quelques instants puis s'affaler au sol, contre son canapé, parmi des feuilles de croquis non-terminés et des bouts de gommes coincés entre les lattes du parquet. Son coeur se calma lentement, le temps semblait s'être arrêter. Puis tout à coup Julian releva la tête, jusque là restée basse est immobile, et se releva pour aller prendre le téléphone. De mémoire il composa le numéro de Lauren rapidement et retourna se poser sur le divan cette fois en prenant une bonne respiration. Il avait promis de l'appeler quand tout serait terminé... Deux sonneries suffirent que déjà elle décrochait. Julian en conclu qu'elle avait attendu devant le téléphone toute la soirée, ça lui ressemblait, mais ça l'embêtait qu'elle s'inquiète autant. "- Julian ?" Petite voix inquiète. - Oui c'est moi, ça va ? La question sonnait bizarrement, elle allait lui dire que c'était pas à lui de demander si ça allait ou non vu les circonstances, mais dans sa tête confuse c'était le seul moyen de lancer la conversation. " - T'es con, c'est à moi de te demander ça, déjà je vois que t'es toujours vivant ça me rassure. Raconte... ? Comment tu vas ? " Il se cala un peu mieux dans les coussins, plia ses jambes sous son menton et chercha à savoir si ça allait ou non. - Je sais pas si ça va, complètement paumé plutôt. Ecoute... ça s'est bien passé, le premier rendez-vous été parfait... Le deuxième j'ai du négocier, j'ai eut la trouille mais... je suis rentré vivant et entier oui. On peux dire que ça va. Un souffle léger à l'intérieur du combiné, ça ressemblait a du soulagement non ? " - Toi t'as pas l'air d'aller bien, mais je suis contente que tu sois bien rentré. Ca va aller ? Tu va arriver à dormir ? " Il hocha la tête pour lui-même, totalement pas convaincu. - T'en fais pas, je survivrais. Dors toi, arrête de t'inquiéter autant... " - Je fais ce que je veux d'abord. Et prend ce qu'il faut pour t'assommer, hein ? Je veux pas te voir à moitié mort demain. " Il marmonna un oui, sachant pertinemment qu'il n'en ferait rien. Que ses yeux se fermeraient sans doute entre une et trois heures, que la tête lui tournerait demain, que Lauren le tuerait à coup sur et qu'il avalerait trop de café. " - Allez... Je passe te voir demain. J'ose pas te souhaite une bonne nuit, mais bon courage et arrête de réfléchir à tout ça. " - Ouais... Bonne nuit Lo.. Merci. Et ils raccrochèrent tout les deux. Julian se sentait légèrement moins perdu, comme toujours après un échange avec son amie. Il lança le téléphone à l'autre bout du divan et se laissa glisser un peu pour se caler la tête sur l'accoudoir. La nuit lui reposait le cerveau. Lui empêchait de sentir la solitude glauque de son appartement moisis. Il avait pas retiré ni sa veste ni ses chaussures, pas le courage d'imaginer faire une chose aussi simple. Dans sa tête le film de tout à l'heure, avec le sale client, lui repassait en boucle dans la tête. Les différentes possibilités de tout ce qui aurait pu se passer à ce moment là défilé à toute allure. Si ça se trouve sa carrière de dealer aurait pu s'arrêter à son premier soir. Il avait réussi a bien rattraper la situation certes... Mais il espérait que le type craignait réellement suffisamment Liam pour pas chercher à lui causer des emmerdes. C'était quoi le genre d'emmerdes qui pouvait lui tomber dessus à partir d'aujourd'hui ? Toutes les possibilités devenaient trop réels pour lui. Comme si la vente à la fille lui avait pas fait se déclic, ce type lui avait foutu une bonne idée de la violence du milieu, et ça semblait être un simple aperçu. Comment il allait supporter... ? Est-ce que Liam allait le laisser vendre seul comme ça longtemps ? Ca le terrifié de recommencer. Juste l'idée d'aller de nouveau attendre au bord d'un parc, sans bruits ni vent, sans soleil et sans nuages. Quelques étoiles floues et la solitude absolue de la peur, du stress et des gens prêt à tout pour leurs drogues.
La nuit, les heures passèrent ainsi. Il tourna, se retourna encore sur ses coussins, toujours avec sa veste et ses chaussures. Vers 5h du matin il dut fermer les yeux, trop fatigué pour les garder ouvert, et sombrer dans une petit nuit mouvementés de rêves bizarres. Julian se reveilla en sursaut quand des coups furent frappés à la porte.
|
|
|
41.
julian écarquilla les yeux, le cœur battant toujours la chamade. la situation était entrain de déraper exactement comme il l'avait craint. qu'était-il sensé faire? négocier, ou dans le pire des cas, baisser le prix, pour garder sa vente et éviter de se faire péter la gueule? ne pas baisser et s'en aller en espérant que le type n'allait pas le suivre? se battre avec lui, se faire démolir et en plus faire en sorte que son client aille se plaindre auprès de liam? l'analyse de la situation était assez rapide à faire, la solution était évidente mais ça ne voulait pas pour autant dire que julian s'y pliait de gaieté de cœur. il s'efforça de regarder son client dans les yeux et rassembla son courage pour formuler une réponse à peu près crédible, essayant d'empêcher sa voix de trembler, "bon d'accord. tu veux ta came et moi je veux mon fric. alors soit je te donne la quantité que tu peux payer, soit tu me trouves le pognon d'ici demain." julian scruta le regard de son client qui était toujours un peu trop près de lui. il renifla d'une façon assez sonore et fronça les sourcils. "non. t'as pas compris je crois... son regard divagua un peu et quand il le reporta sur julian, il brillait réellement d'une lueur pas naturelle qui aurait foutu la trouille à n'importe qui. c'est pas que pour moi ça... je me fais du pognon avec ta merde et j'en ai besoin à un prix correct. alors, tu me la fais à un prix correct, ou bien..." il laissa sa phrase en suspens et julian pensa qu'il n'avait pas réellement besoin d'entendre la fin pour en comprendre le sens général. l'idée ne lui plaisait pas vraiment mais... il n'allait quand même pas risquer sa peau pour les histoires de liam, non? il pensa d'ailleurs que liam avait du bien se marrer en lui refilant ce type en sachant sans doute que c'était lui-même un revendeur. un petit revendeur, certes, mais ça compliquait quand même légèrement les choses. il déglutit douloureusement et dit, soucieux de se tirer de là au plus vite, "je te la fais à 95..." le type éclata de rire instantanément. "tu veux vraiment que je te fasses la peau ou quoi? je sais bien que vous vous fournissez à à peu près 90, je vais pas te l'acheter à 5 dollars de plus par gramme ce serait de la folie... son ton se modifia tout à coup subitement, son regard redevint celui qui avait glacé le sang à julian quelques minutes auparavant et il se rapprocha encore plus, si c'était seulement possible. avant qu'il n'ait le temps de rajouter quoi que ce soit, julian dit, murmura en fait, le souffle coupé par l'émotion et son cœur qui continuait de lui jouer une rythmique de batterie de rock'n'roll. "92, offre finale. - t'es vraiment un imbécile. dit le mec en le fusillant longuement du regard. il sortit néanmoins son portefeuille de sa poche et en examina l'intérieur. et t'en fais pas, je considère que t'es entrain de me voler et je le ferai payer tôt ou tard." il tendit une poignée de billets que julian attrapa du bout des doigts rapidement, trop heureux de voir la fin de cette affreuse scène pour porter attention aux menaces du type. alors qu'il sortait le paquet de sa poche pour le remettre, une idée flasha quand même dans son crâne, "je te le conseille pas... le mec attrapa sa drogue et lui jeta un regard mi-étonné mi-méchant. julian fit quelques pas en reculant et termina, j'imagine que tu connais mon frère..."puis fit définitivement demi-tour pour s'éloigner. le gars ne répondit pas et julian espéra que sa réplique avait fait son effet. personne ne pouvait savoir que liam détestait son frère et julian avait pensé que pour le moment, leur lien de parenté était une bonne carte en sa faveur. c'était bien la seule fois dans sa vie que liam lui était d'une quelconque utilité. il s'éloigna somme toute assez rapidement, toujours soucieux d'entendre des pas derrière lui accélérer pour le suivre. ce n'était pas le cas, et après un long moment, il s'autorisa à jeter un coup d'oeil derrière lui sur le parc qui était maintenant minuscule à l'extrémité de la rue. il n'y avait plus personne. il soupira finalement et se força à accélérer le pas pour rentrer chez lui au plus vite.
|
|
|
40.
Angoissé comme il était, les choses semblaient bouger d'elles mêmes. Du coins des yeux il voyait des ombres inexistantes, des moment de silence complets qui rendait nerveux, tendu, s'attendant à se faire alpaguer par un sale type louche à n'importe quel instant. Pourtant les rires des jeunes qui venaient de s'enfuir dans les ruelles résonnèrent quelques secondes puis ce fut tout. Pas un passant, pas un chien, pas une feuille pour voler au dessus de l'asphalte, plus de vent, le ciel couvert, un peu froid. Un léger frisson dans les branches des quelques arbres du parc derrière lui, rien de plus, pas d'oiseaux de nuit ici, la ville. Pas une voiture… Pas un quartier très fréquenté. Après avoir détaillé l'environnement, Julian baissa les yeux sur ses pieds. Les lames de bois du banc contrastaient avec ses chaussures et ses fringues sombres. C'était une belle images comme il aimait les imaginer. Mais à l'instant présent cette image il aurait préféré qu'elle se trouve uniquement dans une histoire de fiction, pas dans la réalité. Pas dans sa réalité. Une envie de se ressortir une clope le traversa, il devait être économe avec ces choses là… Mais il en avait vraiment besoin, et puis bientôt il aurait de l'argent… n'est ce pas ? Comme un moment plus tôt dans son appartement ses mains se glissèrent dans les poches et il s'alluma une cigarette, ça occupait, détendait, faisait du bien. Cette drogue là faisait bien son boulot à ce moment là. Julian soupira, et comme un réflexe passa la main sur sa poche intérieur pour vérifier que sa livraison était toujours à sa place. Stupide, ce dit-il. Il était stupide de vérifier, ça n'aurait jamais pu s'envoler. Enfin... Il regarda sa montre, à peine 5 minutes qu'il était là, ça passait lentement maintenant, l'aiguille du temps jouait vraiment avec lui ce soir. Julian soupira, se mis debout sur le banc puis sauta au sol. Un bruit sourd et résonnant sortit des ses pieds qui touchèrent le sol. Voilà l'unique bruit depuis quelques minutes. Tirer un grand coup dans la cigarette et souffler dans la nuit la fumée, il l'a regarda s'éparpiller à la lumière du lampadaire. C'était joli. Il recommença quelques fois jusqu'à que sa clope soit prématurément consumée. Il l'a balança dans le caniveau et l'écrasa avec le talon. Julian tourna en rond quelques secondes s'efforçant à ne penser à rien, c'était dangereux de se mettre à penser dans un moment pareil. Pas la peine d'en rajouter, plus il pensait, plus il deviendrait paranoïaque. Concentré sur le bitume et les mains dans les poches il fit un bon immense quand une main se posa sur son épaule droite. - Eh, c'est toi le frère à Liam ? La voix clair et bourru à la fois, Julian qui s'était écarté d'un bon mètre le dévisagea une main sur le coeur qui battait le triple de son rythme normal. - Eh bah ! T'es sensible mon p'tit. Fit-il l'air réellement amusé. C'est sur, le dealer devait sacrement manquer de crédibilité, c'était pas très bon. Julian se secoua un peu et arreta de le regarder de travers. Le gars avait le crâne rasé et faisait une tête de plus que lui. Ok, il était tombé sur le gars costaud qu'il craignait, à priori tout les consommateurs n'étaient pas comme la fille brune malade de tout à l'heure... Dommage. Julian se redressa encore un peu histoire d'être droit, et s'approcha un peu. - Oui c'est moi, j'ai la commande... Vous avez l'argent ? Le type eut un sourire en coins. Et remua la tête sans sens précis... C'était pas bon. - C'est que tu vois... J'avais pas la somme exact. Tu peux pas me baisser le prix un peu ? Julian serra les dents. Le gars le respectait pas du tout, il se rendit compte qu'il avait réellement perdu tout charisme en sursautant comme une fillette sensible. Il venait d'apprendre. - ... Allo ? En plus, il était pressé.. - Non, c'est hors de question, je me casse si vous n'avez pas l'argent convenu. Il commença à faire demi tour sans un regard. - C'est ça ouais... Prend toi pour un dur petit, t'es nouveau hein ? Je veux ma dope. La main du type se reposa sur son épaule et le fit se retourner.
|
|
|
39
de retour chez lui, julian se maudit intérieurement de ne pas avoir préparé les deux commandes en même temps avant de partir. il aurait préféré ne pas avoir à revenir; il ne se sentait pas bien chez lui, tout seul, et l'air frais de la nuit lui faisait un peu de bien. il aurait pu arrêter quelque part, se prendre un café en route, histoire de se rendre encore plus nerveux qu'il ne l'était déjà... non, c'était pas une super idée. le fait de se promener dans un endroit public avec de la drogue sur lui n'était pas une sensation vraiment agréable non plus, statua-t-il finalement en entrant et en se dirigeant spontanément vers la chambre sans même prendre la peine d'allumer. de toute façon, son rendez-vous était dans la direction opposée et revenir ici ne rallongeait pas son trajet. il s'assit sur le lit avec la boîte à chaussure dans les mains, soupira longuement et se laissa tomber sur le dos. sur le plafond, la lumière d'un réverbère qui entrait par la fenêtre à peine couverte par de fins rideaux blancs dessinait des motifs dans la pénombre. c'était reposant tout à coup, le bruit du vent dans les feuilles de l'unique arbre à proximité, et l'absence de lumière qui ne lui donnait pour une fois pas l'impression que son crâne allait exploser. il posa la boîte à côté de lui un moment; ses mains se glissèrent dans les poches de sa veste de chaque côté et il sortit son paquet de cigarettes et son briquet, lentement il mit la clope entre ses lèvres et approcha la flamme de l'extrémité, regardant le point rouge et lumineux approcher et sentant la chaleur sur ses joues. il inspira lentement et retira la cigarette de ses lèvres; son bras gauche retomba mollement sur le lit, la main pendant hors de ce dernier au dessus du sol. sa main droite se leva alors dans un mouvement instinctif qui ne semblait pas être relié à aucune décision prise dans son cerveau et dégagea vers l'arrière les cheveux qui tombaient dans son visage, ses lèvres murmurèrent inutilement dans le vide "quelle merde..." avec un ton de voix inaudible à part pour lui-même, comme la fumée s'échappait lentement de sa bouche entre les syllabes. il n'arrivait pas à s'enlever de la tête le malaise lié à ce qu'il venait de faire et n'arrivait pas non plus à se féliciter d'avoir eût le courage de commencer ce sale boulot avec à peu près aucune indication et d'avoir pourtant réussit à se prendre en main comme il ne l'aurait jamais crût possible. non, ça importait peu pour lui à ce moment exact, ce boulot n'en était pas un qui pourrait lui apporter de la satisfaction, c'était une obligation, une corvée, et il ne pouvait pas se féliciter d'avoir réussit une chose pareille. penser à le faire était d'ailleurs une idée purement désagréable, se dit julian en inspirant une deuxième bouffée de sa cigarette, ça signifiait qu'il était comme liam, un espèce de trafiquant sans scrupule qui se réjouissait du malheur des autres. le visage de la jeune fille lui revenait toujours dans la tête et il s'identifiait davantage à ses yeux bruns malades qu'au sourire arrogant de son frère. il donna un coup rapide du doigt sur sa clope et fit tomber la cendre par terre, tant pis pour le plancher, tout en allant chercher le maximum de ses forces pour se remettre en position assise. son lit était tout à coup confortable, tout comme l'idée d'aller dormir. il se promit mentalement de profiter de sa prochaine journée tranquille pour dormir tôt, tout en sachant qu'il n'y arriverait pas. il attrapa finalement la boîte et l'ouvrit, tout en devant cependant allumer la lampe de chevet qui envoyait une lumière trop directe dans ses yeux qui s'étaient habitués à la pénombre. il consulta la liste et trouva la commande du type qu'il devait rencontrer, et relut au passage l'adresse du parc où il devait le rejoindre, histoire de ne pas se gourer d'endroit, ce qui était après tout relativement son genre. satisfait, il referma le tout et se leva, la clope bien coincée entre ses lèvres, et quitta la chambre non sans un regard désolé vers son lit. descendre les marches de l'immeuble endormi et se retrouver dehors, de nouveau seul dans la nuit fraîche avait un curieux air de déjà-vu. il espérait simplement que la rencontre qui allait suivre ses trois quarts d'heure de marche allait être elle aussi semblable à la première, aussi simple et sans emmerde. autant le premier trajet passé dans l'appréhension avait parût plus long qu'il ne l'était en réalité, autant celui-ci était passé à une vitesse folle et terrifiante. julian observa le minuscule parc qui lui servait de lieu de rendez-vous. un groupe de jeunes, casquettes et capuchons sur la tête, en cercle autour d'un joint lui jetèrent un regard mauvais lorsqu'il s'approcha, mais ils déguerpirent quand même dans les rues lorsque julian les dépassa. ce comportement le rassura un peu sur son allure mais le laissais finalement seul dans la nuit maintenant bien noire, avec quinze minutes de temps à tuer. il s'installa assis sur le dossier de l'unique banc à surplomber les lieux et attendit.
|
|
|
[page précédente]
|